Montrer ses muscles...

Le cinquième numéro de Korespondencja est enfin sorti. Entre la préparation du plus grand défilé militaire de l’histoire de la Pologne et un gouvernement qui montre les crocs au tout juste investi président Karol Nawrocki, il s’en est passé des choses ces trois dernières semaines.

Korespondencja
6 min ⋅ 13/08/2025

Les lecteurs assidus de Korespondencja l’auront sans doute remarqué : le dernier numéro remonte à trois semaines. Un petit séjour en famille a encore une fois eu raison de ma régularité, mais pas de mon envie de bien faire. Plutôt que de publier à la va-vite, j’ai préféré attendre pour vous proposer un cinquième épisode de qualité. Comme le laisse entendre le titre, le gouvernement du Premier ministre Donald Tusk a décidé de montrer les muscles – et ce, dans tous les domaines.

Répétition du défilé militaire ©Kilian BigogneRépétition du défilé militaire ©Kilian Bigogne

La dernière fois, je vous quittais sur le remaniement ministériel et les tensions avec l’Église. Aujourd’hui, c’est une toute autre Pologne qui se dessine : celle de Karol Nawrocki, officiellement investi président le mercredi 6 août dernier. Soutenu par le parti Droit et Justice (PiS), cet ancien hooligan du Lechia Gdańsk, succède à Andrzej Duda (2015-2025), lui aussi soutenu par le parti conservateur, et ouvre un nouveau chapitre politique. Pour un troisième mandat d’affilé, c’est donc un président nationaliste qui sera à la tête du pays. 

Sa prise de fonction soulève de nombreuses questions : sera-t-il aussi dur que le prédisent les experts ? Va-t-il entrer en confrontation directe avec le gouvernement ? Respectera-t-il les huit engagements du programme défendu par Sławomir Mentzen (Konfederacja) ? Suivra-t-il docilement la ligne de Jarosław Kaczyński, comme son prédécesseur, ou tentera-t-il de s’émanciper ? Et surtout, quelles seront les conséquences concrètes de cette cohabitation qui s’annonce tendue ? Pour l’instant, il est encore trop tôt pour le dire.

Historien de formation, Karol Nawrocki entame un mandat de cinq ans. Le jour de son investiture, le néophyte en politique a prêté serment devant les deux chambres du Parlement réunies. Avant de se rendre sur plusieurs places symboliques de la capitale, il a prononcé un long discours devant le Parlement polonais. Il y a notamment rappelé son programme, dont la ligne directrice suit cette devise : « La Pologne d’abord, les Polonais d’abord ». Il défend une politique anti-migrants, anti-avortement, et s’oppose à l’intégration de l’Ukraine à l’OTAN — même si, après un appel avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, il a assuré Kyiv de son soutien. Enfin, dans son discours, il a également estimé que la classe politique devrait commencer à travailler sur une nouvelle Constitution, afin que la future loi fondamentale soit prête à être adoptée dès 2030.

Malgré ses nouvelles responsabilités — qui, je le rappelle, ne sont pas aussi étendues que celles du président de la République en France, bien qu’il dispose du droit de veto et de la possibilité de nommer des personnes à des postes de haut rang —, Karol Nawrocki n’a pas renié son passé. L’ancien hooligan, aperçu dans une vidéo de 2009 participant à une rixe dans une forêt sur la côte baltique, s’est rendu lundi 11 août au match de son équipe favorite. Il a été accueilli comme il se doit par les ultras du club de la Baltique, avec cette banderole : « Tu étais, tu es, tu seras — toujours un supporter du Lechia. »

Cela me permet d’évoquer la politisation des groupes ultras en Pologne, qui ont, pour la plupart, soutenu le président élu lors de la campagne présidentielle, ou du moins, se sont opposés au candidat libéral et maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski. Les ultras du Legia Varsovie et du Polonia Varsovie, les deux clubs de la capitale, s’étaient eux aussi opposés au pro-européen.

L’élection du pro-Trump et nationaliste Karol Nawrocki, à deux ans des prochaines élections législatives (2027), a semé le trouble au sein de la Coalition civique (KO), au pouvoir, avant même son entrée en fonction, et continue de le faire depuis son investiture. Mais ce qui est sûr, c’est que Donald Tusk et son équipe sont prêts à faire face, et que le bras de fer ne fait que commencer.

Alors que le Premier ministre polonais a remanié son gouvernement, comme je l’annonçais dans le dernier épisode, réduisant le nombre de ministres de 26 à 21, c’est surtout la nomination du nouveau ministre de la Justice, Waldemar Żurek, qui risque de tendre encore un peu plus la cohabitation entre le gouvernement, l’opposition et le président élu. Cet avocat polonais de 55 ans, personnellement attaqué par des membres du PiS — dont l’ancien ministre de la Justice, Zbigniew Ziobro —, avait été, en 2017, l’un des leaders de l’opposition lors de la crise de la Cour suprême en Pologne, et contre les changements radicaux dans le système judiciaire menés par le PiS, qui ont mis à mal l’État de droit. Le ministre, lui aussi sans réelle expérience politique, a d’ores et déjà annoncé vouloir poursuivre le travail de son prédécesseur, Adam Bodnar, et rétablir l’État de droit, fortement mis à mal par huit années de gouvernance national-populiste du PiS.

Dans cette lignée, Waldemar Żurek a suspendu, fin juillet — quelques jours après sa prise de fonction — 46 présidents et vice-présidents de tribunaux à travers la Pologne, majoritairement proches du PiS. « C’est principalement pour montrer au grand public qu’il est actif, efficace et sévère envers les personnes qui ont attaqué l’État de droit », confie Marcin Matczak, avocat et professeur spécialiste de l’État de droit à l’université de Varsovie. En nommant Waldemar Żurek, le message du Premier ministre Donald Tusk est clair : il est prêt à se battre pour rétablir l’État de droit.

Avant de passer à la découverte du jour, le saviez-vous ? En Pologne, le 15 août est aussi férié. Les Polonais célèbrent l’Assomption, certes, mais pas uniquement : c’est également la fête des forces armées du pays. À cette occasion, une parade militaire a lieu dans la capitale, mais aussi dans la péninsule de Hel, avec un défilé de navires de la marine polonaise. Lors des répétitions, le ministre de la Défense et vice-Premier ministre, Władysław Kosiniak-Kamysz, a déclaré que la cérémonie de cette année serait « le plus grand défilé de l’histoire, et de ces dernières années ». Il a aussi précisé qu’« il vaut la peine de montrer sa force ». Cette journée, qui coïncidera avec le sommet sur l’Ukraine entre Trump et Poutine, s’annonce donc comme une véritable démonstration de puissance.

Lors de la répétition du défilé militaire, le ministre de la Défense salue les compagnies. ©Kilian BigogneLors de la répétition du défilé militaire, le ministre de la Défense salue les compagnies. ©Kilian Bigogne

Dans un tweet publié sur X le 29 juillet, le ministère de la Défense annonçait que l’armée polonaise comptait 210 000 soldats, ajoutant : « Seule une armée nombreuse, entraînée et bien équipée peut dissuader un agresseur potentiel. » Le Premier ministre a indiqué vouloir porter rapidement les effectifs à 300 000 soldats — dont 250 000 professionnels et 50 000 dans la Force de défense territoriale — voire à 500 000 en comptant les réservistes.

L’armée polonaise est donc actuellement la troisième force de l’OTAN, après les États-Unis (1,3 million) et la Turquie (481 000). À noter qu’en 2014, elle ne comptait que 99 000 soldats, ce qui la plaçait alors au neuvième rang de l’Alliance. À titre de comparaison, l’armée française compte environ 204 700 militaires. Enfin, la Pologne est aujourd’hui le pays européen — et membre de l’OTAN — qui consacre la plus grande part de son PIB à la défense, soit environ 4,5 %. 

La découverte : La mine de sel

La chapelle Sainte-Cunégonde. © Kilian BigogneLa chapelle Sainte-Cunégonde. © Kilian Bigogne

C’est l’une des attractions touristiques les plus connues du pays, et selon moi, elle mérite amplement cette réputation. Située à seulement 25 minutes en train du centre de Cracovie, la célèbre mine de sel de Wieliczka est un véritable trésor. Bien sûr, cela reste mon avis personnel. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978, elle fascine par son histoire et sa grandeur.

Je ne vais pas vous refaire la visite, mais plutôt partager quelques détails qui vous permettront de mieux comprendre l’ampleur de ce monument. Après 700 ans d’exploitation, la mine s’étend aujourd’hui sur neuf niveaux et compte plus de 245 kilomètres de galeries. Pour se perdre dans les profondeurs de ce lieu magique, il faut emprunter des escaliers ou des ascenseurs spécifiques.

La visite, qui dure près de trois heures, ne permet de découvrir qu’environ 2 % de la totalité du site. Outre les galeries interminables, les points d’eau et la tradition (étrange) de lécher les murs — tradition à laquelle je n’ai pas osé me prêter —, la mine est surtout célèbre pour sa chapelle souterraine Sainte-Cunégonde, ou Kinga en polonais. Celle-ci se trouve à 101 mètres sous terre.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est la statue du pape Jean-Paul II, entièrement fait de sel. Karol Wojtyła entretenait en effet un lien très fort avec ce lieu, et plus largement avec la région de Cracovie.

La mine accueille également chaque année des dizaines d’événements : concerts, banquets, et même des mariages. Mais attention, il faut prévoir un budget conséquent pour s’unir dans ce lieu aussi mythique qu’exceptionnel.

Sport : Football et Volley

Malheureusement, ce ne sera pas encore pour cette année. Les espoirs de revoir un club polonais en phase de groupes de la Ligue des champions s’envolent une nouvelle fois. La dernière c’était en 2016-2017 avec le Legia Varsovie. Le Lech Poznań, champion d’Ekstraklasa lors de la saison 2024-2025, a été éliminé au 3e tour de qualification par les Serbes de l’Étoile rouge de Belgrade (1-3, 1-1), pour un score cumulé de 4-2. Le club pourra toutefois disputer les barrages de la Ligue Europa.

Stade du Legia Varsovie ©Kilian BigogneStade du Legia Varsovie ©Kilian Bigogne

De son côté, le Legia Varsovie est en mauvaise posture avant le match retour du 3e tour de qualification face au club chypriote de l’AEK Larnaca, après une lourde défaite 4-1 à l’aller. Les joueurs pourront cependant compter sur le soutien de leurs supporters demain.

Il reste tout de même deux autres clubs encore en lice au 3e tour de qualification de la Ligue Europa Conférence, la troisième compétition européenne. Le Raków Częstochowa devra créer l’exploit sur la pelouse du Maccabi Haïfa après sa défaite 1-0 à l’aller, tandis que le Jagiellonia Białystok devra confirmer contre le club danois de Silkeborg IF, après sa victoire 1-0 à l’extérieur.

Côté volley-ball, l’un des sports les plus populaires en Pologne, l’équipe nationale a joué la finale de la Ligue des nations le 3 août dernier à Ningbo, en Chine. Elle a succédé à la France en remportant la compétition, s’imposant nettement en finale contre l’Italie (3-0). Une victoire claire et sans appel pour l’une des meilleures sélections au monde.

Le mot : Kibic

En Pologne, les fans de sport — quel que soit le sport — sont appelés kibice (au pluriel) ou kibic (au singulier). Bien qu’ils soient parfois confondus avec les hooligans, le terme hooligan est bien utilisé en Pologne pour désigner les supporters les plus violents et radicaux.

Preuve de cette confusion : la série polonaise « The Hooligan » disponible sur Netflix a été traduite en Pologne par « Kibic ».


Un fan ou kibic du Polonia Warszawa tient un sticker. ©Kilian BigogneUn fan ou kibic du Polonia Warszawa tient un sticker. ©Kilian Bigogne

Korespondencja

Par Kilian Bigogne

Dzień dobry !

Bon, je prends des cours de polonais, mais pour le moment je vais continuer en français.

Alors moi, c’est Kilian. Originaire de Strasbourg, j’ai ensuite passé mon enfance dans le Loir-et-Cher, avant de prendre mon envol pour le nord de la France : à Lille. Après un passage en République tchèque dans le cadre d’un Erasmus en 2020, je me suis pris d’intérêt pour l’Europe centrale et orientale. j’ai notamment eu la chance de collaborer avec la super rédaction française de Radio Prague International.

Je suis ensuite parti deux mois en Roumanie où j’ai de nouveau travaillé pour une radio, cette fois au sein de la rédaction française de Radio Roumanie internationale. Puis mon chemin m’a ramené en Alsace, au Centre universitaire d’enseignement du journalisme (Cuej) de Strasbourg. Diplômé en 2024, j’ai ensuite travaillé deux mois au service Monde du journal La Croix.

Au fil des semaines, l’objectif est devenu plus clair : je partirai en Pologne pour y être correspondant. C’est donc en plein hiver, plus précisément en décembre, que j’ai posé mes valises à Varsovie. Depuis, je travaille en tant que pigiste pour La Croix et La Tribune Dimanche.

Je suis un amoureux d’histoire, de sport, de voyages…et, bon, un peu de bière aussi, j’avoue. (Elle est à 3 euros ici en moyenne).

PS : Malgré la distance, je ne loupe aucun match du FC Nantes !

Voilà, vous savez l’essentiel !

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