Pour ce sixième épisode de Korespondencja, gros plan sur le repli de la Pologne sur elle-même, illustré par les positions de son président récemment élu, une cohabitation pour le moins tendue avec le gouvernement Tusk, et une société polonaise extrêmement polarisée — notamment au sujet des réfugiés ukrainiens présents dans le pays.
Karol Nawrocki déambule devant une foule conquise en ouverture de la parade ©Kilian Bigogne
Alors que je déambule dans les rues ensoleillées de la capitale polonaise, dans le quartier des ambassades, mon attention est attirée par des dizaines de personnes, téléphone à la main. Tous photographient l’ambassade de Russie, située en contrebas. Je distingue alors une dizaine de militants ukrainiens de l’organisation Euromaidan-Warszawa. La police encadre calmement l’entrée de la propriété russe en plein cœur de Varsovie.
Rien de dramatique : une simple action symbolique, organisée pour dénoncer la politique criminelle de Moscou envers l’Ukraine. En ce samedi 23 août, jour du drapeau national ukrainien, les militants ont versé de la peinture bleue et jaune sur la chaussée en face de l’ambassade. Ce sont ensuite les roues des voitures qui, en roulant dessus, ont fini par former un drapeau ukrainien improvisé sur la rue Belwederska. Pour rappel, environ un million d’Ukrainiens vivent encore en Pologne, pays qui fut l’un des plus solidaires au début de l’invasion russe en 2022.
Mais cet élan exceptionnel de solidarité semble aujourd’hui largement émoussé. Malgré la forte polarisation de la société polonaise, notamment autour de la question des réfugiés ukrainiens, Varsovie a tout de même tenu à organiser un événement, le dimanche 24 août, jour de l’indépendance de l’Ukraine, afin de rendre hommage à son voisin et permettre à la communauté ukrainienne de se rassembler sur la place du Château dans la vieille ville.
Juste à côté, quelques Polonais — une vingtaine — manifestaient leur opposition à la présence ukrainienne dans le pays. Symbole d’une société où les discours anti-ukrainiens ne sont plus tabous. Même si je préfère me souvenir de ce couple polono-ukrainien, ému par les discours et les performances artistiques sur scène, je ne peux ignorer l’atmosphère pesante qui règne en Pologne concernant l’Ukraine, perceptible aussi bien dans la rue qu’au sommet de l’État.
Des centaines d'Ukrainiens sur la place du Château à Varsovie, le 24 août ©Kilian Bigogne
Qu'on l’approuve ou non, une chose est certaine : pour l’instant, le nouveau président Karol Nawrocki reste fidèle à son slogan : « La Pologne d’abord, les Polonais d’abord. » En moins de trois semaines à la tête du pays, il a démontré qu’il entend se démarquer de son prédécesseur, Andrzej Duda — tant en politique intérieure qu’extérieure. S’il donne parfois l’impression d’aller au-delà des prérogatives que lui confère sa fonction, Nawrocki n’a pas encore franchi la ligne rouge. Rappelons que le président polonais dispose de moins de pouvoir qu’en France, mais qu’il possède tout de même un droit de veto.
Depuis son entrée en fonction, Nawrocki a déjà opposé son veto à quatre reprises, dont deux décisions particulièrement controversées. La première concernait un projet de loi visant à réduire la distance minimale entre les habitations et les parcs éoliens à 500 mètres.
La deuxième, datée du lundi 27 août, portait sur un amendement à la loi relative à l’aide aux citoyens ukrainiens — en particulier sur les prestations dites « 800+ », soit une aide mensuelle de 800 zlotys (environ 200 euros) par enfant mineur à charge. Si le projet limite cette aide aux familles dont les enfants sont inscrits dans les écoles polonaises, la question de l’employabilité, soutenue par Tusk, plusieurs partis conservateurs et le président lui-même, n’a pas été intégrée par le ministère de l’Intérieur. Le président, furieux de cette omission, a opposé son veto. Le gouvernement Tusk a vivement réagi, affirmant que l’amendement comportait d'autres mesures cruciales d’aide aux Ukrainiens, et que ce veto risquait de compromettre le soutien de la Pologne envers Kyiv et ses citoyens. Encore une fois, Nawrocki a martelé son slogan : « La Pologne d’abord, les Polonais d’abord. »
Ce mercredi 27 août, il a rencontré le Premier ministre Donald Tusk lors d’un Conseil du Cabinet. Les deux hommes se sont renvoyés la responsabilité de la cohabitation difficile, tout en abordant plusieurs points de désaccord.
L’une des conséquences les plus visibles de cette discorde est l’absence totale de représentant polonais aux discussions sur l’Ukraine organisées à Washington, réunissant plusieurs dirigeants européens, le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le président américain Donald Trump. Trois jours plus tôt, la Pologne montrait pourtant ses muscles lors d’une parade militaire qualifiée d’« historique » par le ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz, à l’occasion de la Journée des Forces armées, célébrée le 15 août. Pendant ce temps, Trump recevait Vladimir Poutine en Alaska, et Karol Nawrocki accusait la Russie de ne pas être « invincible ». Mais son absence à Washington a été perçue comme un « exemple frappant de la mauvaise cohabitation entre le président et le Premier ministre », selon Artur Gruszczak, politologue à l’université Jagellonne de Cracovie.
Les deux dirigeants se sont mutuellement rejeté la responsabilité du déplacement, donnant l’impression que ni l’un ni l’autre n’avait réellement envie d’y participer. Étonnant pour un pays qui se veut fer de lance de l’OTAN face à la menace russe. Karol Nawrocki prévoit tout de même de se rendre à Washington le 3 septembre pour rencontrer son ami Donald Trump — une visite hautement symbolique, reflet de ses orientations pro-américaines. Mais cette absence de coordination diplomatique pourrait, à terme, nuire à la crédibilité de la Pologne sur la scène européenne, ainsi qu’à celle du gouvernement Tusk.
Présentation des engins militaires lors du défilé ©Kilian Bigogne
Preuve qu’il reste du chemin à parcourir pour que la Pologne rejoigne le cercle des grandes puissances militaires, un drone s’est écrasé dans un champ à 100 kilomètres à l’est de Varsovie. L'incident, qui a brisé des vitres et creusé un petit trou de six mètres, n’a heureusement fait aucune victime. Varsovie a immédiatement accusé Moscou de « provocation délibérée ». Le gouvernement a réaffirmé l’urgence de renforcer les capacités de défense du pays — une priorité nationale, dans un contexte de tension croissante.
La place de Manufaktura et ses anciens bâtiments industriels en briques rouges ©
J’y suis allé deux fois. Et à chaque fois, cette ville me rappelle Lille, où j’ai étudié pendant trois ans : même chaleur humaine, même architecture, même histoire industrielle. Difficile de ne pas apprécier la troisième ville de Pologne (660 000 habitants). D'abord, il faut apprendre à prononcer son nom : Łódź se dit « Woutch ». Aujourd’hui considérée comme une ville d’art et de culture, Łódź a longtemps été le cœur industriel du pays, notamment dans le secteur textile — d’où son surnom de « Manchester polonais ».
Pour comprendre son histoire, je recommande le musée de la ville, situé dans l’ancien palais de la famille Poznański. Juste derrière, se trouve Manufaktura, un vaste complexe industriel reconverti en centre commercial et lieu de vie : musées, restaurants, cinéma… une vraie réussite et une atmosphère hyper agréable l’été ou au printemps.
Łódź n’a pas de centre-ville classique. Mais il y a une rue à ne pas rater : ulica Piotrkowska, la plus longue rue commerçante de Pologne (4,2 kilomètres), et l’une des plus longues d’Europe. Je vous mets au défi de la parcourir de bout en bout.
Un peu plus d’un mois après sa démonstration en finale de Wimbledon (6-0, 6-0), Iga Świątek vise un deuxième US Open (après celui de 2022) et un septième titre en Grand Chelem — à seulement 24 ans. Pour son entrée en lice, la numéro 2 mondiale a facilement battu la Colombienne Emiliana Arango (6-1, 6-2). Elle affrontera au deuxième tour la Néerlandaise Suzan Lamens.
Autre événement sportif majeur : le début de l’EuroBasket masculin, qui se déroule du 27 août au 14 septembre en Lettonie, à Chypre, en Finlande et en Pologne (dans la ville de Katowice). C’est là que l’équipe de France disputera tous ses matchs du groupe D. Premier rendez-vous : France – Belgique, jeudi 28 août à 17h. La Pologne, elle aussi dans le groupe D, affrontera demain la Slovénie de Luka Dončić. Devant leur public, l’exploit est permis.
Voici un mot indispensable si vous venez en Pologne. Non, ce n’est pas une insulte. Oui, ça peut vous sauver la vie quand tout est fermé le soir ou le dimanche.
Żabka, qui signifie « petite grenouille » en polonais, est une chaîne très répandue d’épiceries de proximité. En plus de faire épicerie elle fait restauration rapide… Rien que dans mon quartier, il y en a au moins cinq à moins de 15 minutes à pied.
Fondée en 1998, l’enseigne compte plus de 11 000 magasins en Pologne et accueille près de 3 millions de clients chaque jour. Elle est entrée en Bourse à Varsovie en novembre 2024, et s’est récemment étendue à la Roumanie sous le nom de Froo.